Vous exercez en entreprise individuelle depuis plusieurs années, votre chiffre d’affaires progresse, votre imposition aussi. À un moment, la question se pose inévitablement : faut-il passer en SELARL ? C’est l’une des questions les plus fréquentes que je reçois de la part de médecins et chirurgiens libéraux. Voici une réponse honnête et structurée.
Ce que change réellement la SELARL
En entreprise individuelle, chaque euro de bénéfice est immédiatement imposé à votre tranche marginale d’imposition, souvent 41 ou 45 %, auxquels s’ajoutent les cotisations sociales. Il n’existe aucun mécanisme pour différer cette fiscalité.
La SELARL introduit une rupture fondamentale : vos bénéfices sont d’abord soumis à l’impôt sur les sociétés, 15 % jusqu’à 42 500 €, puis 25 % au-delà. Vous ne payez l’impôt personnel que sur ce que vous vous versez réellement, sous forme de salaire ou de dividendes.
Concrètement, pour un chirurgien dégageant 300 000 € de bénéfices annuels, l’économie fiscale annuelle peut atteindre 30 000 à 50 000 € selon la structuration choisie.
Le bon moment pour passer
Il n’existe pas de seuil universel, mais en pratique la SELARL devient pertinente à partir de 150 000 à 180 000 € de revenus nets annuels. En dessous, les frais de création et de gestion de la structure peuvent dépasser le gain fiscal.
Autres signaux qui accélèrent la décision : une trésorerie professionnelle qui s’accumule sans être investie, un projet d’acquisition de cabinet, une réflexion sur la transmission patrimoniale, ou la volonté de préparer sa retraite via un deuxième étage de capitalisation.
Ce que la SELARL ne fait pas
C’est le point que beaucoup oublient. La SELARL seule n’est pas une stratégie patrimoniale, c’est un contenant. Sans stratégie derrière, vous vous retrouvez avec de la trésorerie qui s’accumule à l’IS sans jamais travailler.
La vraie valeur ajoutée vient de ce qu’on fait ensuite : déploiement vers une SPFPL, investissement en SCPIs, contrat de capitalisation, préparation de la retraite. C’est là que la structuration prend tout son sens.
Les étapes concrètes
La création d’une SELARL nécessite l’intervention d’un notaire et d’un expert-comptable, une inscription à l’Ordre des médecins, et le respect de règles spécifiques aux sociétés d’exercice libéral. Le processus prend en général 2 à 4 mois.
Un point d’attention : le passage en SELARL implique une rupture avec votre mode d’exercice en entreprise individuelle. Cette transition doit être anticipée, notamment sur le plan des cotisations CARMF et de la protection sociale.
En résumé
La SELARL est un outil puissant, à condition de savoir quoi en faire. La question n’est pas “faut-il passer en SELARL ?” mais “qu’est-ce que je veux construire, et est-ce que la SELARL est le bon point de départ ?”
C’est précisément ce type de réflexion que j’accompagne avec les médecins libéraux que je suis. Si vous souhaitez faire le point sur votre situation, je suis disponible pour un premier échange.