Retraite · Chirurgiens-dentistes libéraux

CARCDSF : comprendre votre retraite et la compléter

Vous avez cotisé 30 ans à la CARCDSF. Votre pension sera probablement 30 à 40% inférieure à votre revenu d'activité actuel. Ce guide vous donne les leviers pour combler l'écart, dès maintenant.

Olivier Etiembre, conseiller en gestion de patrimoine

Olivier Etiembre

CIF ORIAS 24005941 · 8 ans d'expérience patrimoniale

Publié le 2026-04-27 Mis à jour le 27 avril 2026

Sommaire

  1. 01 Qu'est-ce que la CARCDSF ?
  2. 02 Comment se calcule la pension
  3. 03 Le vrai taux de remplacement
  4. 04 Pourquoi la CARCDSF sera insuffisante
  5. 05 5 leviers pour combler l'écart
  6. 06 Stratégie par tranche d'âge
  7. 07 Rachat de points CARCDSF
  8. 08 La cession du cabinet comme levier retraite
  9. 09 Cas pratique : Dr. X, 52 ans
  10. 10 Questions fréquentes

La CARCDSF (Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et sages-femmes) verse une pension qui couvre rarement plus de 30 à 40% du revenu d'activité d'un dentiste libéral. Sans préparation complémentaire, l'écart de niveau de vie au moment de la retraite peut être brutal — souvent 8 000 à 12 000€/mois. Ce guide explique le mécanisme, chiffre l'écart pour votre profil, et détaille les 5 leviers concrets pour le combler.


1. Qu'est-ce que la CARCDSF ?

La CARCDSF est la caisse de retraite obligatoire des chirurgiens-dentistes libéraux français. Elle gère trois régimes superposés :

  • Régime de Base (RB) — déléguée à la CNAVPL, pension de base similaire au régime général.
  • Régime Complémentaire (RC) — spécifique aux dentistes, c'est le régime principal en montant. Cotisations par classe (A, B, C, D...).
  • Avantage Social Vieillesse (ASV) — réservé aux dentistes conventionnés, partiellement financé par l'Assurance Maladie.

L'ensemble est financé à environ 12-16% du revenu professionnel selon la classe. Le mode de calcul est en points (et non en trimestres comme pour le régime salarié).

2. Comment se calcule votre pension

La pension CARCDSF est la somme des trois régimes :

  • Pension RB = (revenu moyen 25 meilleures années × taux × coefficient durée d'assurance)
  • Pension RC = (nombre de points acquis × valeur du point en cours)
  • Pension ASV = (points ASV × valeur ASV en cours)

Exemples chiffrés à 65 ans (carrière complète)

Profil Revenu d'activité Pension CARCDSF Taux de remplacement
Dentiste classe A 8 000€/mois 2 800€/mois 35%
Dentiste classe C 14 000€/mois 4 100€/mois 29%
Dentiste classe D + RC max 22 000€/mois 5 200€/mois 24%

Estimations 2026 sur la base des valeurs de point CARCDSF actuelles. Sources : carcdsf.fr, COR. Plus le revenu est élevé, plus le taux de remplacement diminue.

3. Le vrai taux de remplacement

Le tableau ci-dessus montre une réalité dérangeante : plus le revenu est élevé pendant l'activité, plus le taux de remplacement chute. Un dentiste qui gagne 22 000€/mois en activité touchera une pension d'à peine 24% — soit 5 200€/mois. La différence (16 800€/mois) doit être financée par le patrimoine privé.

Cette « régressivité » s'explique par le plafonnement des cotisations (la classe maximale CARCDSF n'augmente pas indéfiniment avec le revenu). Un dentiste à 8 000€/mois couvre 35% par CARCDSF ; à 22 000€/mois, seulement 24%.

4. Pourquoi la CARCDSF sera probablement insuffisante

Trois facteurs s'additionnent :

  • Démographie : nombre de dentistes en activité plus faible que la génération précédente, ratio actifs/retraités défavorable.
  • Réformes : la valeur du point n'évolue plus au rythme de l'inflation depuis 15 ans. Pouvoir d'achat des pensions en érosion.
  • Train de vie : un dentiste libéral installe son train de vie sur 10-25 000€/mois nets pendant 30 ans. Un retour brutal à 3-5 000€/mois est psychologiquement et financièrement violent.

5. Les 5 leviers pour combler l'écart

Cinq instruments patrimoniaux complètent efficacement la CARCDSF, à combiner selon votre profil :

  1. 01

    PER individuel

    Plafonds dentiste libéral généreux (10% du PASS x8 + reports). Déduction immédiate de l'IR. Sortie en capital ou rente à la retraite.

  2. 02

    PER entreprise (en SELARL)

    Versements de l'entreprise déductibles de l'IS, non-imposables côté gérant à l'entrée. Particulièrement puissant en SELARL pour capitaliser pré-retraite.

  3. 03

    Assurance-vie multi-supports

    Enveloppe phare. Fiscalité dégressive (8 ans), abattement annuel 4 600€/9 200€, transmission optimisée hors succession.

  4. 04

    Immobilier locatif (LMNP)

    Statut LMNP avec amortissement = revenus quasi-non-fiscalisés pendant 20 ans. Idéal pour générer des revenus complémentaires à la retraite.

  5. 05

    Capitalisation en SELARL

    Conserver le bénéfice à l'IS (15-25%) plutôt qu'extraire au coût IR + cotisations (40-60%). Cession partielle ou liquidation à la retraite avec exonération 151 septies A.

  6. À retenir

    Pas un seul levier mais une combinaison

    Le mix optimal dépend de votre âge, structure (BNC ou SELARL), TMI, et horizon de cession. Un audit chiffre la combinaison.

6. Stratégie par tranche d'âge

L'efficacité de chaque levier varie fortement selon la tranche d'âge. Voici les priorités à chaque décennie.

35-45 ans

Phase de constitution

Capacité d'épargne maximale (50-100k€/an possible avec SELARL). Priorités : ouvrir PER + AV, démarrer LMNP, augmenter capital social SELARL pour optimiser dividendes futurs.

  • Ouvrir PER individuel + verser 10% du revenu
  • Souscrire AV multi-supports (versements programmés)
  • Premier achat immobilier locatif sous statut LMNP
  • Optimiser la SELARL (capital, holding pré-existante)

45-55 ans

Phase d'accélération

Revenus à leur pic. Patrimoine à diversifier rapidement avant la dernière ligne droite. Anticipation cession (5 à 10 ans avant).

  • Maximiser PER avec rachat des plafonds non utilisés (3 ans glissants)
  • Diversifier vers SCPI / private equity / produits structurés
  • Étudier la valorisation de votre cabinet — rapport Kapitalia
  • Anticiper l'apport-cession via holding (article 150-0 B ter)

55-65 ans

Phase de récolte

Préparation directe de la cession. Optimisation fiscale de la sortie. Bascule progressive du portefeuille vers du sécurisé.

  • Structurer la cession 3-5 ans à l'avance (151 septies A si conditions)
  • Sécuriser progressivement les supports financiers (fonds euros, OPCVM prudents)
  • Activer les plans de retraite (PER, Madelin) selon votre fiscalité de l'année
  • Préparer la transmission (donation-démembrement, pacte Dutreil familial)

7. Le rachat de points CARCDSF : rentable ou pas ?

La CARCDSF permet de racheter des points pour combler des années non cotisées (études, exercice salarié, etc.). Le coût est élevé : environ 5 000-8 000€ par point selon l'âge au rachat.

La rentabilité du rachat dépend de la durée de retraite. Pour un break-even financier (récupérer le coût en pension cumulée), il faut typiquement 12 à 15 ans de retraite. Au-delà de 15 ans, le rachat devient rentable. En-dessous, perte sèche.

Notre recommandation : un PER ou une AV à 5% net de rendement génèrent typiquement plus de retraite/€ investi que le rachat CARCDSF, avec plus de flexibilité (sortie en capital possible, transmission). Le rachat de points reste pertinent uniquement pour les dentistes très proches de l'âge de départ (62-64 ans) avec une trésorerie ponctuelle disponible.

8. La cession du cabinet, votre plus gros levier retraite

La valorisation d'un cabinet dentaire en cession se situe entre 50% et 80% du chiffre d'affaires annuel, soit typiquement 200 000€ à 700 000€. Préparée 3 à 5 ans à l'avance, cette cession peut bénéficier d'exonérations totales de plus-value :

  • Article 151 septies A CGI — exonération totale de la plus-value professionnelle si cession à l'occasion du départ en retraite (sous conditions de durée d'activité et de plafond).
  • Article 150-0 D ter CGI — abattement renforcé sur les plus-values de cession de parts détenues depuis 8+ ans.
  • Apport-cession 150-0 B ter via holding — report d'imposition si remploi des produits dans des activités économiques.

Pour un dentiste qui cède son cabinet à 600 000€ avec une fiscalité bien préparée, c'est l'équivalent de 20 000 à 25 000€/mois pendant 24 mois ajoutés à votre patrimoine retraite — et défiscalisés. Plus que tout PER pourrait construire en 10 ans de cotisations.

9. Cas pratique : Dr. X, 52 ans, plan de rattrapage 8 ans

Le Dr. X, chirurgien-dentiste à Bordeaux, exerce en libéral depuis 22 ans. CA 480 000€, revenu activité ~16 000€/mois. Pension CARCDSF estimée à 65 ans : 4 200€/mois. Écart à combler : 11 800€/mois pour maintenir 80% du train de vie.

Audit Kapitalia (réalisé à 52 ans)

  • Patrimoine actuel : 320 000€ AV + 180 000€ immobilier locatif. Capacité d'épargne disponible : 60 000€/an.
  • Cabinet valorisé à ~400 000€ aujourd'hui (cession à 65 ans estimée 500 000€).

Plan de rattrapage 13 ans (52 → 65 ans)

  • PER individuel : 35 000€/an (déduction IR 14 350€/an) → capital projeté 65 ans : 620 000€
  • AV multi-supports : 25 000€/an (versements programmés) → capital additionnel : 460 000€
  • 2e bien immobilier LMNP à 60 ans → revenus locatifs nets : 1 200€/mois à la retraite
  • Cession cabinet à 65 ans structurée (151 septies A) : 500 000€ exonérés

Résultat à 65 ans : patrimoine retraite mobilisable ≈ 1 580 000€ + revenus locatifs 1 200€/mois. Ajouté à la pension CARCDSF de 4 200€, le Dr. X peut viser un revenu net retraite de 13-14 000€/mois pendant 25 ans.

Sans ce plan : retour brutal de 16 000€/mois activité à 4 200€/mois pension (-74%). Avec le plan : maintien à 80% du train de vie (-12%).

10. Questions fréquentes

Combien touche un dentiste libéral à la retraite avec la CARCDSF ? +
La pension CARCDSF moyenne se situe entre 2 500€ et 4 000€/mois selon la classe choisie pendant l'activité, l'ancienneté et les revenus. Pour un dentiste libéral à revenus élevés (15-25k€/mois en activité), la pension représente typiquement 25-35% du revenu d'activité — un écart significatif à anticiper.
À quel âge un dentiste peut-il prendre sa retraite ? +
L'âge légal de départ est aligné sur le régime général (64 ans après réforme 2023). Le taux plein nécessite la durée d'assurance requise (43 années pour la génération 1965+). Un départ anticipé est possible (62 ans) avec décote, mais peu pertinent compte-tenu du gain marginal des dernières années de cotisation.
Que comprend la CARCDSF exactement ? +
Trois régimes empilés : (1) le Régime de Base (RB) géré par la CNAVPL, équivalent retraite générale ; (2) le Régime Complémentaire (RC) propre aux dentistes, le plus important quantitativement ; (3) l'ASV (Avantage Social Vieillesse), réservé aux praticiens conventionnés, financé en partie par l'Assurance Maladie.
La réforme des retraites 2023 impacte-t-elle les dentistes ? +
Oui sur deux points : (1) âge légal de 62 → 64 ans (impact sur le timing de départ) ; (2) durée d'assurance requise allongée à 43 ans pour les générations 1965+. Le mode de calcul de la CARCDSF (pension complémentaire en points) n'a pas été directement modifié, mais le RB l'est mécaniquement.
Quelle classe de cotisation CARCDSF choisir ? +
La CARCDSF propose plusieurs classes (A, B, C, D...) avec des cotisations et donc des points retraite proportionnels. Choisir une classe supérieure améliore la pension future mais augmente les cotisations annuelles. La rentabilité du surplus dépend de l'espérance de vie et des taux de revalorisation. Étude personnalisée recommandée — souvent une classe intermédiaire (B ou C) + complément privé (PER, AV) est plus efficace.
Le rachat de points CARCDSF est-il rentable ? +
Rarement avant 60 ans. Le rachat permet d'augmenter le nombre de points pour le calcul de la pension, mais le coût par point est élevé. Le break-even se situe typiquement après 12-15 ans de retraite — donc viable uniquement avec une longue espérance de vie. Mieux vaut généralement investir dans un PER ou AV à rendement supérieur.
Peut-on cumuler emploi et retraite CARCDSF ? +
Oui, sous deux régimes : cumul partiel (poursuite réduite avec écrêtement) ou cumul libéralisé (au taux plein, sans plafond) si vous avez liquidé toutes vos pensions. Beaucoup de dentistes optent pour le cumul libéralisé — vacations, expertises, formations rémunérées — sans impact sur la pension.
L'assurance-vie est-elle un bon outil pour la retraite dentaire ? +
Oui, c'est un pilier. Avantages : flexibilité totale (pas de blocage), fiscalité avantageuse après 8 ans, abattement annuel 4 600€/9 200€ sur les retraits, transmission hors succession (152 500€ par bénéficiaire). À combiner avec PER (déduction IR à l'entrée) plutôt qu'à choisir.
À quel moment faut-il commencer à préparer sa retraite ? +
Idéalement dès le début de l'activité libérale. Réalistiquement, la fenêtre 35-45 ans est la plus rentable : capacité d'épargne maximale, durée de capitalisation longue (20-25 ans), fiscalité dentaire propice. Commencer après 50 ans est encore utile mais le rattrapage devient plus coûteux relativement aux gains.
Faut-il combiner Madelin et nouveau PER ? +
Non, la loi PACTE (2019) a remplacé les contrats Madelin par le PER individuel. Les anciens contrats Madelin restent valables mais peuvent être transférés vers un PER. Le PER présente plus de flexibilité (sortie en capital possible vs rente obligatoire pour Madelin) et des plafonds équivalents.

Sources et références

  • CARCDSF — Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et sages-femmes (carcdsf.fr)
  • Conseil d'Orientation des Retraites (COR) — projections démographiques et financières
  • Code de la sécurité sociale, articles L. 644-1 et suivants
  • BOFiP-Impôts — articles 151 septies A, 150-0 B ter, 150-0 D ter du CGI
  • Loi PACTE 2019 — réforme épargne retraite (PER)
  • Réforme des retraites 2023 — décret n° 2023-751

Olivier Etiembre

Auteur

Olivier Etiembre

Conseiller en Investissements Financiers, fondateur de Kapitalia. Spécialisé dans la préparation retraite des praticiens libéraux. Coordination avec experts-comptables, notaires et gestionnaires d'actifs pour des plans patrimoniaux chiffrés et exécutés.

CIF immatriculé ORIAS 24005941 · Membre CNCGP · Soumis au contrôle de l'AMF · LinkedIn

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